Il était trois fois... : quelle histoire !
Un rêve. Au début il y a souvent un rêve, une envie, un espoir... Raconte-moi la Terre est née comme cela, de l'envie de créer une librairie différente, vivante, ouverte sur le monde. De l'espoir que ce qu'on y trouverait participerait, même modestement, à une plus grande ouverture aux autres, à leur culture et à leurs différences.
C'était il y a 27 ans, c'était il y a une éternité et c'était hier !
Il était une fois... : une création à l'angle des rues Grolée et Thomassin au coeur de la Presqu'île de Lyon

Patiné par le temps, amélioré par l’oubli de ses imperfections, étreint par la nostalgie, le Raconte-moi la Terre qui a ouvert ses portes le 21 novembre 1998 à l’angle des rues Grolée et Thomassin est en quelque sorte devenu « mythique » pour nous comme pour les clients qui l’ont connu. Ce n’est pas que « c’était mieux avant », c’est que ce Raconte-moi la Terre avait la saveur des premières fois, le parfum de l’aventure, le goût de la nouveauté.
Le monde basculait, l’an 2000 qui avait tant fait fantasmer était presque là, internet arrivait et l’on ne se doutait pas encore à quel point il allait bouleverser nos vies, le monde était moins en guerre qu’aujourd’hui, de plus en plus d’humains voyageaient et allaient voir ailleurs. Raconte-moi la Terre est arrivé dans une ville un peu figée et endormie qui découvrait qu’un café pouvait s’installer dans une librairie, qu’une librairie pouvait aussi vendre autre chose que des livres, que derrière les écrans d’ordinateurs aux formes arrondies et aux couleurs acidulées se cachaient des savoirs et des possibilités d’échanges presque infinis.
Nous fûmes la première librairie-café de Lyon et peut-être même de France, le premier café strictement non fumeur de Lyon (« Vous ne tiendrez pas une semaine » nous disait-on, « personne ne viendra dans un café où l’on ne peut pas fumer »), le premier « cyber-café »
de Lyon (c’était le nom de l’époque, le « nec plus ultra de la branchitude »!)... Bien plus qu’un lieu marchand, nous fûmes aussi un lieu de rencontres, un lieu de vie, un lieu d’animations où « il se passait toujours quelque chose » : nous organisions une à deux fois par semaine
des rencontres, des conférences, des ateliers pour les enfants, des café-linguistiques, des soirées contes,... Il y eut beaucoup de « premières fois » dans ce lieu qui détonnait pour l’époque, qui se cherchait aussi et donc se réinventait sans cesse ou tout du moins se précisait, s’affinait, s’ajustait.
Les Lyonnais étaient fiers qu’un tel lieu n’existe qu’à Lyon et surtout n’existe pas à Paris ! Raconte-moi la Terre devenait ainsi un lieu de visite pour les amis de passage de nos clients lyonnais lors d’une déambulation touristique : « je vais te montrer un lieu qui n’existe qu’à
Lyon » ou encore « ça n’existe pas à Paris ça, hein? » entendait-on régulièrement !
Les temps étaient durs pourtant et nos débuts difficiles, les Lyonnais n’accordent pas leur confiance facilement, et puis j’avais vu « grand », nous étions nombreux à travailler pour faire vivre le lieu et la Ville de Lyon, propriétaire de notre local, ne nous faisait, loin s’en faut, aucun cadeau. Nous avons traversé des tempêtes que vous n’avez pas vues, nous avons vécu des périodes de doute et d’abattement dont vous n’avez pas soupçonné l’existence... mais rien ne pouvait arrêter ces forces en marche, l’énergie était trop grande, le désir trop intense,
la volonté inébranlable...
Petit à petit, le bateau s’est stabilisé entre Rhône et Saône, il a trouvé sa place et s’est mis à voguer allègrement... Et puis « patatras », en 2008, un maire supposément socialiste décide (plutôt que de vendre à ses habitants qui étaient demandeurs) de se simplifier la tâche en
cédant la totalité des immeubles du « quartier Grolée » (dont la Ville de Lyon était propriétaire) à un fond d’investissement anglo-américano-suisso-moyenorientoohohoh qui mettra tout le monde dehors et laissera le quartier exsangue et vide pendant 10 ans !
La belle aventure du premier Raconte-moi la Terre s’achevait ainsi brutalement...
Il était deux fois... : un déménagement vers la rue du Plat

La rue du Plat n’était qu’à quelques centaines de mètres de l’angle des rues Grolée et Thomassin et pourtant c’est tout un monde qui nous séparait... mais nous ne le savions pas encore. Autant le dire tout de suite, les 15 ans passés ici de 2008 à 2023 ne furent pas les plus heureux de notre existence !
Tout d’abord, pas peu fiers d’avoir fidélisé une clientèle nombreuse, nous n’avions pas imaginé un seul instant que celle-ci ne nous suivrait pas rue du Plat. Vous pensez, c’est la porte à côté ! De l’un à l’autre, une dizaine de minutes de marche, une paille quand on aime ! Et bien du jour au lendemain, nous avons perdu un client sur trois ! Nous avons failli ne jamais nous en remettre. Les explications sont nombreuses et trop longues à détailler ici mais le coup fut rude. Comme fut difficile pour nous d’entendre dire à longueur de journée : « c’était mieux avant », « la boutique de la rue Grolée nous manque »,... Même si nous pensions un peu la même chose... mais ne pouvions le dire ! Car nous ne serions pas revenus pas en arrière de toute façon…
Et puis la rue du Plat, au-delà de son emplacement central au coeur de la Presqu’île, avait tout de même beaucoup d’atouts, notamment sa magnifique verrière. Mais aussi son café avec, enfin, ce que nous n’avions pas le droit d’avoir rue Grolée (car notre bail nous l’interdisait), à savoir une vraie cuisine avec une vraie cuisinière !
Mais le local était la propriété de personnages antipathiques et très avides qui nous ont mené la vie dure pendant 15 ans parce que nous avions osé leur résister en leur imposant de faire ce qu’ils s’étaient engagés à faire, à savoir une verrière aux normes... Ces mêmes propriétaires qui, une fois la verrière construite sur ordre d’un tribunal, ne l’ont pas entretenue avec pour conséquences les multiples dégâts des eaux dont nous avons été les victimes.
Et puis, mea-culpa, quelques erreurs de recrutement qui ont bien compliqué notre tâche, en librairie notamment.
Allons, tout cela est derrière nous et oublié ! Pour revenir sur un terrain plus positif et aux atouts du lieu, vous souvenez-vous de la magnifique fresque qui ornait le plafond de l’entrée, notre « chapelle Sixtine » à nous ? Le lieu nous avait également permis d’avoir une salle de
conférence dédiée, un outil de travail de qualité pour vous proposer des animations dans des conditions idéales, sans interférer avec la vie du café et de la librairie. La rue du Plat fut aussi le théâtre d’événements mémorables (la fresque des 10 ans, la naissance de notre festival Quais du Départ, les conférences de Pierre Rabhi, Stéphanie Ledoux, Corine Sombrun, Isabelle Autissier...), j’y reviendrai dans un autre chapitre.
Et puis, au fil des ans, une nouvelle clientèle a rejoint celles et ceux (merci à vous !) qui nous avaient suivis depuis la rue Grolée, qui fut en quelque sorte « oubliée », et nous avons constaté un réel attachement de votre part à la rue du Plat, matérialisé par les très nombreux et les très beaux messages que vous nous avez laissés lors de la fermeture de cette librairie-café en mai 2023.
Mais pourquoi cette fermeture d’ailleurs ? La raison principale fut une baisse significative de la fréquentation post-covid pendant l’année 2022 ayant engendré une baisse de chiffre d’affaires de presque 25%. C’est surtout notre Mundo café qui a été touché, comme la plupart des établissements travaillant uniquement le midi, fortement affectés à la baisse par le télétravail, la modification des habitudes (on prépare sa popote chez soi plutôt que d’aller au resto) et la hausse des prix. Et par effet ricochet, ces mêmes clients qui ne venaient plus déjeuner chez nous n’y achetaient plus non plus leurs livres. Il est probable également que les difficultés croissantes de circulation et de stationnement dans Lyon ont éloigné de notre magasin des clients habitants en périphérie et au-delà...
Le ver était donc dans le fruit et il fallait impérativement fermer Lyon afin que cette librairie-café n’entraîne pas Bron dans sa chute. Par «chance», nos voisins de La Rosée avaient besoin de locaux plus spacieux, ils ont donc repris notre bail... et nous nous sommes concentrés sur Bron.
Il était trois fois... : une installation inattendue au sein du Village Décathlon de Bron

Notre implantation à Bron en juin 2009 est une histoire d’amour (si si !) qui commença par beaucoup de désir,principalement celui de Décathlon qui voulait absolument que nous venions nous installer à ses côtés ! J’étais en effet courtisé depuis plusieurs années par le Directeur du lieu qui « adorait » le premier Raconte-moi la Terre. Mais si notre librairie-café fonctionnait bien, toutes mes économies et celles de celles et ceux qui m’accompagnaient financièrement depuis la création avaient depuis belle lurette été englouties dans le maintien à flot de nos débuts compliqués. Impossible donc de céder aux avances du prétendant qui « ne rasait pas gratis » tout de même !
Et puis parfois, « un mal pour un bien » comme on dit, car notre éviction de la rue Grolée avait finalement, après de longs mois de négociations, été bien indemnisée. Et après avoir recompté plusieurs fois, je me rendais compte qu’en gérant au mieux, ce n’était pas une librairie-café que je pouvais rouvrir... mais deux ! L’histoire d’amour allait donc pouvoir être consommée !
Sauf que, tout à coup, les prétendants se bousculaient au balcon ! En plus de Décathlon, le centre commercial de Confluence nous faisait de l’oeil... et les Voies Navigables de France qui pilotaient le développement des rives de Saône nous proposaient de nous installer dans ce qui allait devenir le « cube orange ». Notre choix final de nous installer au sein de ce qui s’appelait alors « Village Oxylane » fut tout d’abord un mariage de raison. Aux incertitudes innombrables qui enveloppaient les différents projets de la Confluence lyonnaise s’opposait principalement le socle des millions de visiteurs du Décathlon de Bron qui était alors « le plus grand du monde ». Il y avait de plus une complémentarité intéressante entre les deux enseignes, les rayons « randonnée », « vélo » ou encore « escalade » de Décathlon avaient leurs pendants chez Raconte-moi la Terre. Et puis l’est lyonnais était alors très pauvre en librairies et suffisamment éloigné de notre librairie du centre-ville de Lyon pour espérer y attirer une clientèle nouvelle et complémentaire. Va pour Bron donc !
Les débuts n’en furent pas moins difficiles. Mais existe-t-il une librairie avec des débuts faciles ? Les millions de visiteurs étaient bien là mais ils passaient à côté de nous sans nous voir, ne comprenaient pas ce que nous faisions là, ne s’intéressaient pas à ce que nous proposions,
étaient pressés de rentrer chez eux ou que sais-je ?! Et puis, certains de notre savoir faire et forts de l’attrait que nous avions exercé à Lyon pendant 10 ans, nous nous étions contentés de « photocopier » notre concept, d’en faire une sorte de clone. Grave erreur ! Bron n’était pas
Lyon, la clientèle n’était pas la même, l’environnement commercial et concurrentiel non plus, bref il nous fallait nous adapter !
Ainsi est né petit à petit un Raconte-moi la Terre brondillant un peu différent du lyonnais, avec une offre commune (le voyage et la littérature étrangère) mais aussi des spécificités comme une offre 2 à 3 fois plus importante en jeunesse (car la clientèle de Décathlon est très familiale), une ouverture sur les best-sellers que les clients nous demandaient à corps et à cris, plus de guides et de cartes de randonnée et de vélo... L’esprit restait le même mais l’un devenait le cousin de l’autre et non plus son frère jumeau. Et ainsi comme par enchantement tout alla mieux !
Dans la balance comptable de l’entreprise, Bron devint même au fil des années la librairie-café qui fonctionnait le mieux, celle qui assurait l’équilibre et la pérennité de l’ensemble. Et puis dans un effet miroir saisissant, ce qui était un souci à Lyon trouvait son pendant positif à
Bron : un propriétaire des murs cordial et sympathique, toujours à l’écoute et prêt à nous accompagner comme il le pouvait à la moindre difficulté (une histoire d’amour vous disais-je !) et une équipe de salarié(e)s en place qui, bien que changeante au fil des années, est toujours
restée professionnelle, compétente, fiable, autonome et motivée : le bonheur quoi !
Le 4 octobre 2025, après 16 ans de présence, nous fermerons les portes de ce beau magasin. Les temps sont difficiles pour les librairies : l’implantation de Cultura et le développement des achats en ligne nous avaient fragilisés ces dernières années. De plus, un projet de
travaux conséquents au sein du Village Décathlon était dans l’air et, même si Décathlon aurait vraiment aimé que nous restions et que le projet était séduisant, j’ai estimé que nos chances de survie étaient faibles dans un environnement dégradé pendant les longs mois de travaux à venir. Décathlon nous a alors offert la possibilité d’une rupture de notre bail commercial dans des conditions acceptables, ce qui pouvait difficilement se refuser...
Et après Raconte-moi la Terre ?!
Vous avez aimé Raconte-moi la Terre ? Vous allez adorer Quais du Départ ! Sorte de concentré de Raconte-moi la Terre en encore plus complet et varié, le festival, lui, poursuit sa route !
Raconte-moi la Terre continuera également à exister sous une forme « nomade » en participant à de nombreux événements tels que Primevère ou le Salon du Randonneur mais aussi aux différentes Conventions des Entreprises pour le Climat dont nous sommes la librairie partenaire de la région, au salon Pollutec ou encore au Festival Voyageur de Vorey (Haute Loire). Nous serons toujours heureux de vous retrouver au détour de ces salons et festivals !
QUAIS DU DEPART : QUESAKO ?:! Le festival Quais du Départ est né d’une envie et d’un besoin. L’envie personnelle de m’oxygéner l’esprit, de sortir du « carcan » du commerce, de créer à nouveau. Le besoin d’aller chercher une nouvelle clientèle pour Raconte-moi la Terre, de trouver un moyen de diffuser les films que les aventuriers et voyageurs nous proposaient de plus en plus souvent en complément des livres qu’ils écrivaient... Comme nous faisions beaucoup d’animations chez Raconte-moi la Terre, ce projet aurait pu prendre la forme d’une énième variation au sein de notre programmation, mais je souhaitais donner de l’autonomie à cette idée et il me semblait donc important que ce festival à venir soit détaché de mes librairies, qu’il ne s’y passe pas et porte un autre nom. Une association fut donc créée et Quais du Départ est sorti des brumes du Rhône pour prendre vie sur le bateau La Plateforme un beau dimanche d’automne 2012. Une première édition modeste, sur une seule journée, avec 5 films projetés mais déjà un espace librairie et un bar des voyageurs. Le succès fut immédiat et dès la seconde édition, le festival s’étalait sur tout un week-end.
Aujourd’hui, Quais du Départ propose sur 3 jours une trentaine d’événements et, au-delà des projections de films, des conférences, expositions, ateliers pour petits et grands, du spectacle vivant, un concert, des voyages sonores,...

La prochaine édition aura lieu au Briscope à Brignais du 24 au 26 avril 2026.
Pour tout savoir au moment opportun, rendez vous sur www.quaisdudepart.fr pour vous abonner à la Enews du Festival !